La masculinité toxique compromet les ODD

La masculinité toxique compromet les ODD

Les hommes dans la société sont dans une position dominante. C’est ce qu’on appelle le patriarcat. Le patriarcat ne se reflète non seulement dans ses formes évidentes ; c’est-à-dire dans des abus sexuels, des viols, la violence domestique ou des injures sexistes. La violence masculine connaît une forme bien plus subtile que cela.

La masculinité toxique s’introduit dans des foyers, des relations qui semblent être construites sur une base d’égalité. Il n’y a aucune égalité entre l’homme et la femme dans une relation amoureuse. La société est basée sur le sexisme et la dominance masculine.

Tout comme certaines personnes sont aveugles envers les questions de racisme et ignorent qu’il s’agit d’un phénomène structurel et non pas ponctuel, certaines personnes ont du mal à voir le sexisme dans le système. Un sexisme qui se construit fondamentalement sur la base de la biologie.

Comment peut-il être justifié que le corps de la femme et le corps de l’homme vont prendre des rôles fondamentalement différents au cours de leur vie ? Pour la femme, l’autonomie sur son corps est une illusion qui n’existe pas. Son corps, d’une manière où d’une autre, sera toujours abusé (par un homme).

Une relation sexuelle non consentie, des regards qui la convertissent en objet sexuel, en marchandise et bien évidemment, le fait de devenir Maman : une grossesse – même souhaitée – transforme le corps si profondément qu’il n’est pas sûr si une femme peut s’y remettre, non seulement physiquement, mais surtout émotionnellement.

Quel homme pourrait imaginer partager son corps pendant neuf longs mois, changer de forme, avoir de plus en plus du mal à marcher vite, commencer à perdre le souffle, ne plus pouvoir contrôler sa vessie, sentir des vertiges et le manque de fer dans chaque os du corps ?

Et – sans parler des douleurs émotionnelles et physiques de l’accouchement – le temps après devient un véritable enfer : il s’agit d’une réappropriation – très lente – d’un corps qui doit être partagé avec un petit bébé affamé. Des seins, qui se transforment, qui deviennent inflammés, qui gonflent, qui dégonflent, qui commencent à tomber. Et toujours la question à l’esprit : Plairai-je toujours à mon partenaire ? Aurai-je toujours la même valeur avec un autre corps ?

Toute la vie d’une femme s’organise autour d’une fenêtre biologique. Une femme est constamment consciente qu’elle a un désavantage justifié par sa biologie : elle ne peut pas tomber enceinte à tout moment, puisque la nature aurait prévu une limite pour cela. De plus, les femmes savent qu’elles ne peuvent pas supporter un nombre de grossesses illimitées. Que chaque grossesse, chaque enfant, qu’elles mettent dans le monde, est une grande responsabilité et comprend des sacrifices par rapport au corps. Une femme peut seulement faire des dons d’ovule à très grand risque pour sa santé ; raison pour laquelle cette procédure est interdite dans beaucoup de pays. La conclusion : une femme a des possibilités très restreintes en ce qui concerne ses descendants.

Regardons maintenant de plus près la situation de l’homme : l’homme est tout puissant. Il peut distribuer son sperme comme il veut, quand il veut – souvent sans se soucier des conséquences.

Dans la plupart des relations, les hommes le considèrent normal que la femme s’occupe des questions de contraception. N’est-ce pas cela une preuve suffisante de l’insouciance et du manque de respect que l’homme éprouve envers la femme ?

L’homme ne doit pas se soucier d’une quelconque limite d’âge. Il pourra toujours distribuer son sperme et s’assurer d’avoir beaucoup d’enfants. Un don de spermes semble la chose la plus simple du monde. Est-ce une possibilité d’exprimer son esprit mégalomane ? Ne suffit-il pas de savoir qu’il restera toujours biologiquement avantagé vice-à-vis de la femme ?

Une femme peut dire « Cela est mon corps, c’est ma décision ». Pourtant, la vie réelle lui prend ce choix, chaque jour. Un homme peut dire « Cela est mon corps, c’est ma décision. » Et il a bien raison. Il peut utiliser cela comme une excuse pour tromper, s’amuser, assumer sa domination et faire tout ce qu’il veut.

Il n’y a pas d’égalité entre l’homme et la femme dans une relation.

La masculinité toxique tue. Elle blesse. Elle est d’une violence cruelle.

La masculinité toxique s’exprime de façons très diverses. Le manque d’écoute envers sa partenaire. Le manque de respect pour les sentiments de sa partenaire. Une femme qui va en mariage promet à l’homme un partage inconditionnel, une prise commune de décisions.

Un homme reste souvent égoïste, réservé. Il y a toujours cette partie d’émotions, de sentiments qu’il cache, qu’il garde pour lui. Il lui arrive toujours d’avoir de ces moments, où – il ne sait même pas ce qui lui prend – il a juste envie de blesser. Il a juste envie de montrer qu’il est plus fort. Plus puissant. Peut-être qu’il ne se rend même pas compte.

Oui, l’homme sait très bien blesser la femme. Par des décisions mal réfléchies. Par son silence. Par l’expression de sa masculinité toute puissante.  

La masculinité toxique tue. Elle tue chaque chance d’égalité dans les couples. Elle tue chaque chance d’égalité dans la société. Une société qui exploite les désavantages biologiques de la femme, est une société qui hiérarchise. C’est une société qui ne peut jamais réellement devenir égale.

Une telle société est aussi dangereuse pour les hommes. Le jour où l’homme perd une partie de sa prétendue masculinité ou virilité – par un accident ou par une maladie – la société le jettera aux ordures comme elle le fait avec les femmes. Elle le traitera différemment.

Pourquoi, donc, les hommes ont un tel problème de se montrer vulnérables ? De se montrer compréhensifs ?

Pourquoi, donc, les hommes ressentent une telle nécessité d’afficher leur virilité à travers une puissance sexuelle ?

Pourquoi, donc, les hommes sentent ce besoin absurde, d’avoir le plus grand nombre de descendants possibles dans le monde, sans vouloir assumer toutes les responsabilités qui y sont liées ?

La liste continue.

Et l’oppression de la femme continue.

Les larmes continuent – en silence.

Tout comme chaque personne blanche a une responsabilité de déconstruire le racisme dans le système et d’écouter tout d’abord ceux qui vivent ces formes de discrimination, les hommes ont une responsabilité d’écouter les femmes et de déconstruire la masculinité toxique – en commençant chez soi même.

ALODE – accompagne la mise en œuvre de l’égalité des genres

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