Maman jeune, entre les lignes

Maman jeune, entre les lignes

Ils me voient et pourtant, c’est comme s’ils ne me voient pas réellement. Ils me félicitent, mais c’est comme s’ils félicitent plutôt mon mari. Enfin un garçon, ils disent. Mon mari est fier, mais en réalité, il n’est presque jamais là pour savoir de quoi il peut être fier.

Le soir, quand il rentre du boulot, il me trouve épuisée, la sueur colle sur mon corps. Des fois, j’ai réussi à mettre le petit au lit et je m’allonge dans notre lit, tout proche de lui. Des fois, il ne demande pas comment je vais, comment je supporte toute une journée de travail qui n’est pas considéré comme tel. Les tantes qui viennent à la maison pour m’aider font comme si mon quotidien de maman appartient à une normalité que l’on doit pas questionner. 

Tout le monde prétend que c’est dans mes gènes, dans ma biologie de savoir m’occuper d’un tout petit être humain. Pour les papas, bien trop souvent, il suffit de porter un titre. Une Maman travaille 24 heures sur 24. Elle fait un travail qui n’est pas valorisé sauf dans une journée de l’anné où on prétend célébrer la femme et l’autre journée la femme. 

Je suis maman d’un garçon très adorable. Difficile à croire pour qui ne l’a pas expérimenté mais une journée avec le petit peut être longue. Longue parce que je m’ennuie intellectuellement. Mes études en maths ne m’ont pas préparé pour prendre soin d’un petit être humain.

Une journée avec lui peut être courte aussi. Courte, parce qu’on ne voit pas le temps passer entre – allaiter pendant des heures, donner des parties de mon corps qui ne semblent plus m’appartenir, changer des couches, faire du linge, chanter, bercer, marcher, aimer. Et oui, je l’aime. 

Mon petit garçon, Je l’aime avec toute ma force, plus que j’aurais imaginé. Mais en même temps, je me retrouve à faire des choses qui ne me semblent pas être prévues par la biologie, particulièrement. Je me retrouve à faire des choses qui semblent être construites par la société, plutôt. 

Des habitudes, mauvaises, de la société qui se sont transformées avec le temps en traditions ont fligé à la jeune maman un quotidien qui n’est pas juste.

Mon travail, en tant que professeur de maths au collège, me manque. Les chiffres me manquent. Le petit est mignon, mais ils me manquent aussi les bavardages avec les collègues et les soirées entre copines.

Mon mari rentre tard, par moment. Lui, il peut toujours prendre des bières avec ses potes. Il dit qu’il est fier d’être papa. Pourtant, il n’est presque jamais là pour savoir de quoi il peut être fier. 

Des fois, mon mari prend le petit. Des fois, il lui chante. Quand les tantes sont là, ils l’applaudissent. « Bravo, quel bon papa », elles disent. Le papa est complimenté pour chaque fois qu’il touche l’enfant. La maman est réprimandée pour chaque fois, même si c’est rare, ou elle n’est pas présente.

Des fois, moi je souhaiterais que la société pose la question, pour de vrai, aux jeunes Mamans : « Comment allez-vous ? » Il nous faut impérativement changer ce paradigme où on attend que la femme sache prendre soin de l’enfant et que l’homme fournisse de quoi le nourrir. Encore que bien souvent la maman se retrouve dans tous ces deux rôles.

Ce mode de fonctionnement que la société a longtemps entretenu fait que les hommes ratent tout : les massages du ventre pendant la grossesse, les vraies blessures, physiques et émotionnelles de l’accouchement, la peine à se retrouver dans son corps après la naissance – ce sentiment de ne plus être la même. Le sentiment de servir comme une coquille, un corps, qui donne naissance, pas comme une personne qui sent, qui vit, qui réfléchit, qui grandit.

Il est évident qu’un homme ne peut pas accoucher, mais c’est la société qui lui a bien appris à ne pas prendre sa part. À ne pas rester à côté pour donner à boire à la femme, lui mettre un torchon mouillé sur le front, lui masser le dos pendant les contractions.

Les tantes ou encore les grandes soeurs se pressent pour accompagner les femmes dans les salles d’accouchement et on en fait tout un mystère laissant les hommes rester derrière. Les hommes, eux aussi, se complaisent dans ce rôle de spectateur qui semble quand même facile à jouer. Je doute fort qu’il s’agisse de la biologie.

Et après, les hommes se disent fiers d’être papas. Pourtant, je me dis, des fois : ils pourraient porter plus souvent leurs bébés sans que cela soit l’événement spécial du mois. Ils pourraient interroger plus leurs partenaires. Soutenir plus le foyer avec leur écoute, leur présence.

Je suis une jeune Maman. Je suis heureuse du petit miracle qui a grandi en moi. Je suis malheureuse des circonstances dans une société qui ne me voit pas. Tout le monde me regarde, mais personne ne me voit.

Ce journal intime d’une jeune maman, témoignage d’une jeune maman, nous interroge sur un élément fondamental quant au poids de la société et à l’allocation de rôles assez implicites mais pourtant effectifs.

Dans le rôle de parents, l’égalité entre l’homme et la femme refuse que Papa reste un titre et Maman une fonction non seulement à plein temps, mais à pleine vie. 

Nos sociétés ne sont toujours pas parvenues à une égalité entre les hommes et les femmes et cela devient une urgence. Cela signifie que l’Objectif 5 du Développement Durable mérite toute notre attention et l’engagement immédiat de chacune et de chacun.

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